Premier dimanche de l'Avent (B)

Premier dimanche de l'Avent (B) Laurent Mathelot

 

Deux mille ans que cette Église fête Noël. Deux mille ans … Et où en est-on ? Deux mille ans que nous fêtons la délivrance ultime, Dieu qui se fait homme ; deux mille ans que nous proclamons qu'un sauveur nous a été donné, qu'il est venu nous rejoindre et qu'il habite désormais parmi nous, qu'il continue à vivre en nous. Deux mille ans d'Incarnation … Et qu'est-ce que ça a changé ?

L'économie est aux mains des plus avides ; la politique aussi. Nous venons de clore le siècle le plus dramatique de l'Histoire ; jamais le monde n'a autant réduit de gens à l'esclavage qu'aujourd'hui.

De quoi la venue de Dieu sur Terre nous a-t-elle sauvés ; en quoi a-t-elle simplement changé les choses ?

La crise est partout ; de toutes part les tensions montent ; l'information quotidienne est une incitation à la déprime ; même notre planète est malade : tous plantes, animaux, humains souffrent …. « Allô ? Dieu ? Tu m'écoutes ? »

Cinq siècles avant notre ère, Isaïe s'exclamait : « Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ... ». Tu as déchiré les cieux. Tu es venu. Et qu'il a-t-il de changé ? N'en sommes-nous pas encore à supplier « Seigneur, viens nous rejoindre ; Dieu, viens nous sauver ! » ?

Deux mille ans que nous chantons « Il est né le divin enfant » – pardon pour l'anachronisme – deux mille ans que l’Église nous invite à nous réjouir à Noël. Et qu'est-ce ça a changé ?

Rien ? Alors nos célébrations sont du vent …

C'est quoi Noël ? Un souvenir qui s'évanouit dans la nuit des temps ? Une surconsommation de sapins coupés, de homard et de dinde ? Un moment de cadeau et de plaisir ? Un repas familial à peine différent des autres repas familiaux ? C'est quoi Noël ?

Si notre Noël à venir n'est pas différent de votre Noël de l'an passé : alors il est désespérant. Noël n'est pas tant un passé que l'on se remémore qu'un renouvellement que l'on acquiert. Quelque chose doit avant changé pour que ce soit Noël.

Et puisqu'on en est à parler de l'Incarnation, quelque chose doit avoir changé en moi, pour que ce soit Noël.

Noël c'est l'incarnation à nouveau frais en nous de la présence divine. C'est dans la mesure où je serai une crèche vivante, lieu d'une venue divine au monde, que ce sera pour moi Noël.

L'incarnation de Dieu a-t-elle sauvé le monde des catastrophes, des guerres et des famines ? Non. L'incarnation de Dieu a-t-elle sauvé le monde des épidémies, des génocides, des souffrances et de la mort ?

Non. C'est d'abord individuellement que nous avons été sauvés ; ensuite, des résurrections individuelles se relèvera le monde. C'est un, par un que le Christ guérira les impurs ; relèvera les paralytiques ; délivrera d'esprits mauvais. Ceci devrait nous donner de prendre conscience du caractère premièrement intime de la fête de Noël : qu'est-ce que la venue de Dieu change pour moi ?

Le sens collectif de la fête de Noël, paradoxalement dans ce monde individualiste, nous le maîtrisons fort bien. Nous sommes le premier dimanche de l'Avent et la société est déjà fort occupée à préparer les fêtes de fin d'année. Partout les illuminations sont là ; déjà certains sont en quête de menus et de cadeaux.  

Mais le sens individuel de Noël – en quoi sera-ce en moi une fête – ce sens tant personnel que concret de l'incarnation d'un Sauveur, celui-là semble perdu. Y compris chez les chrétiens.

Noël est la fête d'un nouveau-né et ce nouveau-né c'est moi. Qu'est-ce qui, en moi, aura changé à Noël : voilà la question d'aujourd'hui.

Mettre fin à une querelle ; aller retrouver ceux qui nous manquent. Changer un soupçon en confiance. Accueillir l'étranger. Voilà, c'est Noël.

Écrire une lettre d'amour. Partager un peu de son talent. Tenir enfin une promesse trop longtemps retenue. Donner plus de gratuité au temps. Voilà, c'est Noël.

Renoncer à un rancune. Pardonner à un ennemi. Confesser une une faute. Présenter des excuses pour un tort. Voilà, c'est Noël.

Peut-être retrouver de la joie de vivre. Exprimer enfin sa gratitude. Raviver son âme d'enfant. Retrouver le sens du naturel ; s'en émerveiller à  nouveau. Voilà, c'est Noël.

Pour vous, qu'est-ce qui change à Noël ?


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